Mardi 15 mai 2012
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21:45
"cet amour, nous l'avons tant aimé"
Norac.
Adeline s’était levée de bon matin. Dans la chambre, au travers du plissé des rideaux, de
la fenêtre, le rayon de soleil s’amuse à fureter jouant à cache-cache ! Promesse d’une belle journée !
La voici, à l’heure du déjeuner, prête à musarder dans la ville de Paris. La chaleur se
fait plus lourde, malgré le souffle léger d’un zéphyr primesautier. Sur le bitume, le talon, clic! clac de ses escarpins, marque le temps qui passe. Autour d’elle peu de passants. Elle respire
profondément comme pour s’imprégner de ces instants où ne règnent que ses bruits. En haut le ciel bleu a mis sa poudre de lait, copie parfaite d’un pastel !
La voici face à la vitrine du marchand de couleurs. Monsieur Bach dans sa blouse grise, le
crayon coincé entre les lèvres, compte et recompte, pots de peinture et vis de tout gabarit. Sa casquette lui cache à moitié le visage mais laisse entrevoir une fine moustache sombre. Son
attention l’absorbe au point qu’il ne voit pas Adeline lui faire signe de la main. Alors, un bref regard à son image diffuse sur la large vitre et la revoici partie.
Sur le trottoir d’en face, une enfant joue à la marelle. Sautillante, l’innocence se
profile sur les carrés de craie, du paradis en enfer sans aucune peur que celle de manquer d’équilibre. Adeline continue de marcher. Un coup de vent soulève par endroit sa tenue. Robe de
mousseline, blanche à pois noirs. Une corolle qui la rend encore plus désirable ! Un sourire embellit sa bouche sensuelle. Elle se sent belle, simplement et cela la rend
heureuse !
La promenade la mène jusqu’au pont de la seine, où s’enchevêtrent une multitude de
cadenas, déposés là sur le grillage, par des anonymes amoureux de Paris ou simplement d’eux - même. Sa main caresse çà et là ces objets curieux, témoignage poignant. Un soupir, la voilà repartie.
La seine vaste et silencieuse, sous la lumière de l’après-midi, se pare de mille étoiles d’or.
Nonchalante, Adeline reprend son chemin, calme, sereine. Elle ne s’aperçoit pas tout de
suite de la forme qui se rapproche vers elle, là sur les vastes pavés… Et qui doucement prononce son prénom.
« Toi »… Le sang s’échappe de son corps, les battements du cœur frappent ses
tempes. Cette voix, elle la reconnaît. Elle la reconnaîtrait parmi des milliers d’autres voix ! Combien de temps cela fait-il… « Toi »… Ne cesse-t-elle de répéter
!
Leurs mains se prennent, leurs visages sont si proches que se dresse leur immense
ombre chinoise face au parvis de Notre-Dame !
Le film reprend là, où il n’aurait jamais du accoler cette « fin » désespérante.
Rouge est sa colère mais pourpre, son amour jaillit malgré elle. Comme il lui avait manqué. Elle avait enfoui cette passion au plus profond d’elle-même, par crainte d’y céder. Mais pourquoi
est-il là... Pourquoi !
A ce moment, un sursaut. André, son mari, elle l’avait oublié !
.
- Oh ! Mon Dieu, je ne peux renier ces vingt années de calme bonheur. Elle se
souvient. La tendresse de son compagnon alors s’était avérée pour elle, un puissant rempart contre le chagrin et l’abandon. Non, elle ne pouvait permettre qu’une rencontre inopinée, si désirée
soit-elle, puisse escamoter tant de jours partagés, avec son lot de peines mais aussi de joies.
Ils se regardent, leurs mots butent, se propagent autour de leurs corps qui silencieux, se
reconnaissent.
- « Je t’ai aimé comme jamais je n’aimerai jamais plus. Te souviens-tu ? …
Dis-moi que le destin qui nous met aujourd’hui face à face ne se jouera plus de nous. Dis-le-moi. Un profil sur lequel s'échappent des gouttes d'eau salée. salutaire consolation sans doute, mais
surtout conscient, d'un énorme gâchis.
Ces phrases qui s’échappent dans l’air du soir, est-ce Adeline ou bien cet amant retrouvé
qui les prononcent… Je n’en sais rien. Ce que je sais, par contre, c’est que Paris, ému, s’est vêtu d’un manteau de velours constellé.
Sans doute parce que deux âmes fidèles, après un dernier serment embué de
leur amour passé, se sont quittés, en évitant bien de se retourner…
Car qui sait...Si.
Leurs mots, mes préférés